Et si le parcours étudiant était devenu une « expérience-client » !


| Version 1.0 | 9 septembre 2018 
 
Il y a lieu de penser que l’enseignement supérieur moderne, ouvert et de qualité, ne serait plus centré sur la « production des compétences », mais sur la « diversification d’expérimentation des aptitudes ». Une grande différence : au lieu de la compétence, c'est l'expérience qui est au point focal. L’établissement d’enseignement se donnerait la mission complexe d’enrichir et de diversifier l’expérience individuelle et collective, dans des flux marqués d’événements toujours renouvelés.
  
Et, il y a une raison : les liens connus, jadis, entre formation et métier, d’une part, et compétence et fonction, d’autre part, seraient de moins en moins bijectifs. Pour peu qu’ils soient pertinents à un moment, ils ne seraient plus professionnellement durables à l'échelle temporelle de l’entreprise* ni à l’échelle de l’individu. Conséquence du flottement et de l’inconsistance : une large place au reconfigurable, aux compétences fluides, et ce, de l’ « expérience-étudiant » à l’ « expérience-professionnel ».  

Ce qui serait alors identifiable, ce ne seraient pas les compétences, puisque celles-ci sont, maintenant, moins compactes, moins rigides et surtout sans contour reconnaissable, mais les flux d’événements et les lieux de flux. Leurs caractéristiques sont désormais les marqueurs de la qualité et de la dynamique de l’établissement.
 
Sur le plan du concept, il y a, donc, d’un côté, des établissements d’enseignement supérieur qui s’inscrivent dans la « production », avec une volonté affirmée de servir un type ou un périmètre d’entreprises : ce sont leurs clients dans cette « production » considérée comme attendue, clients des compétences rationnellement identifiées. Et, de l’autre, les établissements qui déplacent leurs stratégies vers « l’expérience-étudiant », une sorte d’ « expérience-client ». Aussi peut-on dire que ces derniers tournent le dos à la compétence et à l’emploi fixes et identifiables, dès qu’ils constatent dans leurs champs qu’il n’existe plus de métier fixe ni de carrière prévisible ou programmable.  

Une conséquence des transformations des entreprises ? Pas seuleument. Le nouveau changement suit un mouvement socio-économique global et plus profond. La situation des entreprises a, en effet, changé, depuis que celles-ci n’offrent plus de postes inamovibles, depuis, surtout, qu’elles ne parient plus sur l’amélioration de la production ou la qualité du produit, pour essentielles qu’elles soient, mais investissent la relation. Les entreprises décentrent, elles-mêmes, il est vrai, leurs stratégies vers « l’expérience-client ».  La technologie permet déjà aux entreprises de personnaliser le produit, matériel ou virtuel, dans des expériences d’accès et d’usage. Quant à la qualité du produit, elle est intégrée dans la relation. Et, plus la technologie sera intelligente et les relations complexes, plus les compétences utiles seront attendues sans contours préalables. Car, plus les compétences seront préalablement identifiées, plus rapidement elles seront dépassées.  

Aussi, l’exigence d’innovation et d’agilité nous fait sortir inéluctablement de l’âge d’appropriation des compétences vers l’âge d’accès à l’expérimentation.  
 
On est face à un changement de nature, indifférent à la philosophie des nomenclatures et aux classements académiques nationaux standards. 

Si le concept est pertinent, ce changement mettrait au grand jour la nécessité d’une approche pédagogique nouvelle : comment apprendre, en effet, à avancer avec des éléments sous déterminés, manifestant flottement dans le temps et inconsistance dans l’espace ? Comment avancer dans l’incertain, où décodage de flux et recodage dans d'autres flux sont permanents ?  

Ce qui est sûr, c'est que la nouvelle approche serait bien plus qu’un programme pédagogique qui vise la production de compétences. L’approche dépasserait, dans le concept et dans la pratique, le programme et même les pédagogies dites actives. Tout serait absorbé et recréé en continu dans les flux supports de l’ « expérience-client ».

Et puis, si l’ « expérience-client » a un début, elle n’a pas de fin. Se prolongeant, modulée tout au long de la vie, l’ « expérience-client » réinvente l’idée « les anciens », l’Alumni, et aussi tout le business model du lieu des flux identifiables d’événements. 

On peut s’engager dans un programme pédagogique, s’engager dans un projet pédagogique, s’engager dans une activité péri-pédagogique, mais l’engagement dans l’ « expérience-client » serait plus large, serait tout autre. Il associe choix, passion, responsabilité et surtout une grande participation dans la création et le développement de l’expérience elle-même, pour soi et pour les autres. 

Finalement, le curriculum ne serait plus tel diplôme attestant l’acquisition de tel corpus de connaissances et compétences, mais telle expérience vécue et qui se continue singulièrement, dans tel flux identifiable d’événements. Chaque flux aurait, en effet, des marqueurs qui y émergent, poussés par la densité et par la dynamique des expériences singulières. 
 
SK
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*  Ici l'entreprise est considérée au sens large: une activité socio-économique organisée.