L'accompagnement structuré des étudiants 

Faire de l'accompagnement un véritable marqueur
| Version 1.2 | 19 avril 2018 
| Version 1.0 | 13 avril 2018 

 
En formation initiale, on a principalement, en France, le choix entre deux statuts : étudiant ou apprenti. Il faut clairement dire que, sur la base d'un programme (disciplinaire) identique, on peut aboutir au même diplôme, même si les parcours et les déploiements du programme sont différents pour les deux statuts.

Rappelons qu'en apprentissage, la pédagogie inductive est très dominante (doit l'être), ce qui implique une exposition importante des productions des apprentis au regard de l'enseignant. Et plus globalement, l'accompagnement des apprentis dans leurs parcours est réglementé (Code du travail et Code de l'education), avec un suivi strict de la part de l'entreprise et du côté académique (CFA avec ou sans une école, une faculté...). Les enquêtes montrent que les apprentis trouvent leur compte dans ce protocole contractuel, néanmoins contraignant. Ils sont généralement très motivés, même si l'on enregistre des abandons avec un taux national de l'ordre de 12% [1].

Mais il n'en va pas de même pour les étudiants, qui restent principalement liés à un programme par une inscription. Bien que, ces dernières années, des efforts  aient été remarquables dans l'introduction ou le renforcement de l'inductif, particulièrement dans les écoles supérieures, l'enseignement reste marqué en France par son histoire déductive. Lorsqu'on parle du suivi ou de l'accompagnement des étudiants, on pense surtout à la dernière branche de la gaussienne : de facto, il est surtout question de la gestion de l'échec et de la démotivation. 

Théoriquement, on peut considérer le diplôme comme une idée générale, subsumant un groupe de connaissances et de compétences. Car, en pratique, les étudiants ou les apprentis peuvent avoir des productions différentes dans des activités plus ou moins distinctes. En tout cas, leurs projets, de plus en plus présents même sous statut étudiant, leurs stages et leurs mobilités nationales et internationales ne se ressemblent pas, même lorsqu’il y a lieu de prendre en compte pour ces activités une standardisation préalable des objectifs. Dans les faits, plus on s’éloigne du modèle classique de l’enseignement (CM, TD, TP), plus la diversité des productions est importante, et partant, nécessitent a priori un suivi particulier. Pratiquement, si des dispositions particulières ne sont pas prises, on pourrait même voir dans des curriculums, des étudiants valider des compétences plusieurs fois, sur une durée de formation déclarée pourtant invariante. Ce qui peut laisser supposer que d’autres compétences ont été validées dans des conditions pour le moins non prévues. 
 
Il faut admettre simplement que si l'on accepte la diversification, celle-ci impose la personnalisation explicite des parcours, quel que soit le statut. 
 
D'autant que des activités, comme l’entrepreneuriat, l’innovation ou encore la recherche, font leur entrée dans les programmes, bouleversant de plus en plus le modèle classique, en introduisant dans les parcours académique le risque et l'incertain. Des activités qui amènent à reconsidérer le statut de l’échec dans les formations.

Ainsi, sans tenter toutefois de normaliser l’incertain, il y a lieu d’objectiver l’accompagnement des étudiants sous un jour nouveau. Dit autrement, l'erreur, le risque et l'échec ne concernent pas seulement la dernière branche de la gaussienne (si tant est qu'elle soit gaussienne !)

De nombreux éléments suggèrent un accompagnement nouveau, capable d'intègrer naturellement les questions classiques de la motivation et aussi les aspirations de l’étudiant dans une période déterminante de sa vie. 
 
I. Concept 
 

L’accompagnement structuré est un accompagnement systématique ; des uns vers plus d’excellence des autres vers une meilleure performance. Il s’agit d’un modèle qui intègre positivement l’erreur et qui voit dans l’échec passé ou présent un élément structurant de la marche vers de nouveaux objectifs. Dans son fonctionnement, l’accompagnement structuré organise l’action des acteurs et assure en même temps une grande liberté. Aussi l’ordre et la liberté constituent-ils la texture du cadre où se déploie l’accompagnement. 
 
L’accompagnement structuré peut être total ou partiel selon des degrés. Lesquels résultent de l’échantillon statistique des étudiants intégrés dans le déploiement du processus pour un groupe ou une promotion. Ce qui dépend naturellement du niveau de sélectivité des étudiants. L’accompagnement n’est pas structuré s’il s’adresse uniquement aux étudiants en dessous du premier quartile, ou uniquement à ceux au-dessus du dernier quartile. C'est l’institution qui décide du niveau d'accompagnement structuré partiel, ou, ce qui est plus conforme au modèle, un accompagnement total.  
 
L’accompagnement structuré : 

• Est fondé sur des valeurs, 
• Est un processus intégré, 
• Suit une méthodologie, 
• Nécessite une digitalisation ouverte et une gestion agile, 
• Nécessite un management. 
 
Les valeurs 

L’accompagnement structuré est fondé sur les valeurs de l’institution. C’est bien des valeurs que l’accompagnement tire ses forces et assure la cohérence de sa structure. Car les valeurs orientent la politique générale, créant le cadre où l’accompagnement se conçoit et déploie ses processus. Comme exemple, l’institution qui sélectionne uniquement une excellence standardisée ne pourrait avoir la même approche, pour ses étudiants, qu’une institution qui inscrit dans ses valeurs l’inclusion et la diversification des profils. Dans cet exemple, il ne faut pas voir cependant un antagonisme principiel. Il y a simplement le contraste de deux visions, entre lesquelles il y a évidement un large espace pour des valeurs supportant à la fois l’excellence et l’inclusion.  
Si les valeurs n’ont besoin d’aucune démonstration logique, elles nécessitent adhésion, affirmation et engagement. Les valeurs sont toujours clairement déclarées et sont surtout traduites dans une politique institutionnelle. Ainsi, l’accompagnement structuré apparaît comme un système d’actions, selon un concept, s’inscrivant dans le déploiement de la politique de l’institution. D’où la nécessité d’affectation de ressources pour maintenir les efforts nécessaires et constants dans le temps. Sans soutien, l’accompagnement pourrait rester l’affichage d’une simple déclaration d’intention.  
 
Les processus 

L’accompagnement structuré n’est pas un service de gestion de la démotivation ou un arsenal de traitement de l’échec. Il ne s’inscrit pas non plus dans une démarche exclusivement préventive. Car il est global et généralisé, traitant l’échec et la réussite, la motivation et la démotivation. En somme, il traite la diversité des profils et des parcours. 
 
L’accompagnement structuré est avant tout un contrat négocié, fondé sur la responsabilité. Par conséquent, il y a lieu de considérer l’étudiant et l’équipe pédagogique dans une interaction consciente et responsable. Plus précisément, le contrat négocié implique le choix informé de chemins menant vers une série d’objectifs, négociés pour une finalité donné. Cette finalité n’est rien d’autre que l’aboutissement vers un ensemble de blocs de compétences cohérents et compatibles entre eux, supportant un projet d’avenir. 

Techniquement, le caractère essentiel du contrat est le changement. Car il prévoit la négociation de micro-ruptures, devant des obstacles et de nouvelles possibilités de bifurcation, de saut, de ralentissement ou d’accélération. Il s’agit bien d’une négociation structurée, puisqu’elle est toujours basée sur les réussites et les échecs actés, d’une part, et sur le potentiel et la motivation actuels, d’autre part. Il importe de noter que les micro-ruptures aboutissent toujours, sauf accident, à une refondation du contrat ; lequel conserve l’histoire des choix et des négociations. 
Ainsi, aussi bien en pratique que dans le concept, l’accompagnement structuré opère dans un cadre général qui intègre le devenir : changement du milieu et de perspective, nouvelles aspirations pour l’étudiant. Dans ce cadre, les crises de motivation peuvent être regardées simplement comme une percolation imparfaite entre l’individu et son environnement, entre flux intellectuels et psychologiques, d’une part, et flux des événements, d’autre part. A côté du savoir-être, il y a un savoir-devenir dont on accompagne la construction. 
 
La méthodologie 

A l’évidence, la méthodologie de l’accompagnement structuré ne peut être une transcription d’un quelconque « manuel d’accompagnement ». La méthodologie se construit, avec une participation soutenue des acteurs pédagogiques. Elle est donc spécifique et devrait être un marqueur de l’institution, conformément aux valeurs déclarées.  
Pour la clarté et la conformité, la phase de formalisation de la méthodologie est importante. Elle devrait viser la légèreté et l’efficacité, pour laisser fonctionner l’accompagnement structuré comme un véritable moteur de motivation.  L'institution devrait associer les étudiants dès la phase de formalisation. 
Quel que soit le cadre de l’établissement, la méthodologie doit s’appuyer sur l’analyse, la revue, l’information, le conseil, la négociation et la validation. La phase d’analyse est importante, elle concerne l’analyse des réussites et des échecs, l’analyse du potentiel du profil et aussi l’analyse des opportunités. 
 
La digitalisation 

On pourrait penser qu’il suffit de numériser la relation avec l’étudiant pour la rendre moins chronophage. Mais le fonctionnement généralisant de l’accompagnement structuré demande bien plus. Il ne faut pas seulement que les échanges soient fluides sur une plateforme et que les données des parcours et des contrats soient disponibles, il faut que leur traitement soit automatique et permanent. Dit autrement, il faut de l’intelligence digitale.  
La tâche peut paraître difficile, mais l’investissement dans des moyens structurants plus modernes peut révolutionner les pratiques et introduire des modes innovants de pilotage.  
 
Le management 

Lorsque l’on s’intéresse à l’accompagnement, il y a toujours un souci d’amélioration. Mais avec l’accompagnement structuré, il y a une recherche prononcée de l’amélioration continue. Le fonctionnement de l’accompagnement structuré sera dans sa puissance nominale, si son management est couplé au Système de Management de la Qualité (SMQ). C'est aussi la raison pour laquelle l'association des étudiants est fondamentale dans la conception de la démarche.
 
De même que l’Assurance Qualité exige que tous les acteurs d’un périmètre soient concernés, même si l’existence d’un responsable Qualité est incontournable, l’accompagnement structuré est une activité intégrée et transversale, et a un pilote incontournable. 
 
II. Discussion 

Les programmes de l’enseignement supérieur continuent, aujourd’hui, à être moins fondés sur le cours magistral que sur l’apprentissage par projets (learning by doing), l’apprentissage par résolution de problèmes (Problem-based learning) et d’autres pédagogies actives. La digitalisation acclère cette évolution. Le contexte sera donc de plus en plus favorable à la mise en place de l’accompagnement structuré. Ce dernier, en systématisant, pourra se révéler structurant de tout le déploiement pédagogique. Bien plus, il peut être le cadre principal du déploiement pédagogique ; ce qui stimule l’innovation dans l’établissement et probablement l’esprit d’entrepreneuriat chez les étudiants.  

Au fond, la stratégie pédagogique de l'établissement ayant une approche compétence renvoie vers une modélisation systémique de la gestion, de l'encadrement, de l'accompagnement, de la validation et de l'amélioration. Nous aborderons cette modélisation dans un prochain billet.

Saïd KOUTANI
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[1] Source DARES

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